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samedi 3 décembre 2016

Madame Thérèse ou Les Volontaires de 92 - Pourquoi Hunebourg ne fut pa | @ebookaudio

Madame Thérèse ou Les Volontaires de 92 - Pourquoi Hunebourg ne fut pas rendu - Erckmann-Chatrian (livre audio)Y inclus, gratuitement, "La guerre", des mêmes auteurs.epub et .mobi.
Madame Thérèse, ou les Volontaires de 92, est l'histoire d'une vivandière de l'armée de la Moselle, laissée pour morte sur le champ de bataille d'Anstatt, recueillie et sauvée par un brave docteur allemand. Ce roman ressuscite des temps glorieux, la lutte de trente mille volontaires de Hoche contre les quatre-vingt mille soldats de Brunswick et de Wurmser. Un souffle patriotique l'anime d'un bout à l'autre. On croirait, en le lisant, vivre au milieu de ces hommes intrépides, de ces immortels volontaires en guenilles, qui fondèrent pour tous l'égalité des droits, et sauvèrent la France de l'invasion. Madame Thérèse, après le Conscrit, c'est la guerre sainte de la liberté, après les inutiles batailles de la conquête.

Extrait: Il me semble encore être dans notre chambre basse, le plafond rayé de poutres enfumées. Je vois, à gauche, la petite porte de l’allée et l’armoire de chêne ; à droite, l’alcôve fermée d’un rideau de serge verte ; au fond, l’entrée de la cuisine, près du poêle de fonte aux grosses moulures représentant les douze mois de l’année, – le Cerf, les Poissons, le Capricorne, le Verseau, la Gerbe, etc., – et, du côté de la rue, les deux petites fenêtres qui regardent à travers les feuilles de vigne sur la place de la Fontaine.

Je vois aussi l’oncle Jacob, élancé, le front haut, surmonté de sa belle chevelure blonde dessinant ses larges tempes avec grâce, le nez légèrement aquilin, les yeux bleus, le menton arrondi, les lèvres tendres et bonnes. Il est en culotte de ratine noire, 
habit bleu de ciel à boutons de cuivre, et bottes molles à retroussis jaune clair, devant lesquelles pend un gland de soie. Assis dans son fauteuil de cuir, les bras sur la table, il lit, et le soleil fait trembloter l’ombre des feuilles de vigne sur sa figure un peu longue et hâlée par le grand air.
C’était un homme sentimental, amateur de la paix ; il approchait de la quarantaine et passait pour être le meilleur médecin du pays. J’ai su depuis qu’il se plaisait à faire des théories sur la fraternité universelle, et que les paquets de livres que lui apportait de temps en temps le messager Fritz concernaient cet objet important.
Madame Thérèse ou Les Volontaires de 92 - Pourquoi Hunebourg ne fut pa | @ebookaudio

Waterloo - Erckmann-Chatrian (livre audio) | @ebookaudio

Waterloo - Erckmann-Chatrian (livre audio)Y inclus, gratuitement, "La guerre", des mêmes auteurs.epub et .mobi.
Ce roman fait suite à l'Histoire d'un conscrit de 1813.

Extrait : Ce jour-là son indignation était si grande, qu’il ne pouvait presque pas travailler, et qu’il se levait à chaque minute en criant :

« Joseph, si j’avais eu du goût pour les Bourbons, ce tas de gueux m’en auraient déjà dégoûté. Ce sont des individus de cette espèce qui perdent tout, car ils approuvent tout, ils trouvent tout beau, tout magnifique, ils ne voient de défaut en rien ; ils lèvent les mains au ciel avec des cris d’admiration quand le roi tousse ; enfin ils veulent avoir leur part du gâteau. Et quand, à force de les entendre s’extasier, les rois et les empereurs finissent par se croire des dieux, et qu’il arrive des révolutions, alors des gueux pareils les abandonnent, et recommencent la même comédie sous les autres. De cette façon, ils restent toujours en haut, et les honnêtes gens sont toujours dans la misère ! »
Cela se passait au commencement du mois de mai, dans le temps où l’on affichait à la mairie que le roi venait de faire son entrée solennelle à Paris, au milieu des maréchaux de l’Empire, « que la plus grande partie de la population s’était précipitée à sa rencontre, que les vieillards, les femmes et les petits enfants avaient grimpé sur les balcons pour jouir de sa vue, et qu’il était entré d’abord dans l’église Notre-Dame, rendre grâces au Seigneur, et seulement ensuite dans son palais des Tuileries. » On affichait aussi que le sénat avait eu l’honneur de lui faire un discours magnifique, disant qu’il ne fallait pas s’effrayer de tous nos désordres, qu’il fallait prendre courage, et que les sénateurs l’aideraient à sortir d’embarras. Chacun approuvait ce discours.
Mais peu de temps après nous devions jouir d’un nouveau spectacle, nous devions voir revenir les émigrés du fond de l’Allemagne et de la Russie. Ils arrivaient les uns en patache, les autres en simples paniers à salade, qui sont des espèces de chariots en osier, à
 deux et quatre roues. Les dames avaient des robes à grands ramages, et les hommes portaient presque tous le vieil habit à la française, avec la petite culotte, et le grand gilet pendant jusque sur les cuisses, comme on les représente dans les images du temps de la République.
Tous ces gens semblaient fiers et joyeux ; ils étaient contents de revenir dans leur pays. Malgré les vieilles haridelles qui les traînaient, malgré leurs misérables voitures remplies de paille, et les paysans qu’ils faisaient monter devant en guise de postillons, malgré tout, cela m’attendrissait ; je me rappelais la joie que j’avais eue, cinq mois avant, de revoir la France, et je me disais : « Pauvres gens, vont-ils pleurer en revoyant Paris, vont-ils être heureux ! »
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Histoire d'un paysan IV - Erckmann-Chatrian (livre audio) | @ebookaudio

Histoire d'un paysan IV - Erckmann-Chatrian (livre audio)Y inclus, gratuitement, "La guerre", des mêmes auteurs.epub et .mobi.
«Moi, je suis un homme du peuple, et j'écris pour le peuple. Je raconte ce qui s'est passé sous mes yeux.J'ai vu l'ancien régime avec ses lettres de cachet, son gouvernement du bon plaisir, sa dîme, ses corvées, ses jurandes, ses barrières, ses douanes intérieures, ses capucins crasseux mendiant de porte en porte, ses privilèges abominables, sa noblesse et son clergé, qui possédaient à eux seuls les deux tiers du territoire de la France! J'ai vu les états-généraux de 1789 et l'émigration, l'invasion des Prussiens et des Autrichiens, et la patrie en danger, la guerre civile, la Terreur, la levée en masse! enfin toutes ces choses grandes et terribles, qui étonneront les hommes jusqu'à la fin des siècles.C'est donc l'histoire de vos grands-pères, à vous tous, bourgeois, ouvriers, soldats et paysans, que je raconte, l'histoire de ces patriotes courageux qui ont renversé les bastilles, détruit les privilèges, aboli la noblesse, proclamé les Droits de l'homme, fondé l'égalité des citoyens devant la loi sur des bases inébranlables, et bousculé tous les rois de l'Europe, qui voulaient nous remettre la corde au cou.»

Extrait : Enfin, ayant mon congé dans ma poche, et cent livres en assignats, que Marguerite m’avait envoyés bien vite, en apprenant par mes lettres que j’étais malade à l’hôpital de Nantes, je ramassai mon courage et je pris le chemin du pays. C’était en mars, au temps de la plus grande terreur et de la plus effrayante famine. Il ne faut pas croire que le temps était mauvais ; au contraire, l’année se présentait bien, tout verdissait et fleurissait, les poiriers, les pruniers, les abricotiers étaient déjà blancs et roses avant la fin d’avril. On aurait béni l’Éternel, s’il avait été possible de rentrer la moitié des récoltes qu’on voyait en herbe ; mais elles étaient encore sous terre, il fallait attendre des semaines et des mois pour les avoir.

Je pourrais vous peindre tout le long de la Loire les villages abandonnés, les églises fermées, les files de prisonniers qu’on emmenait ; l’épouvante des gens qui n’osaient vous regarder ; les commissaires civils, avec leur écharpe et leurs hommes, le dénonciateur derrière, en train de faire la visite ; les gendarmes et même les citoyens qui vous demandaient votre feuille de route à chaque pas.
Les hébertistes, qui voulaient abolir l’Être suprême, venaient d’être guillotinés ; on cherchait de tous les côtés leurs complices, et naturellement plus d’un frémissait car on ne voulait plus d’ivrognes, plus de débauchés, plus d’êtres éhontés qui renient la justic
e et l’humanité ; on ne parlait plus que de Robespierre et du règne de la vertu.
Moi je me traînais d’étape en étape, tout pâle et maigre, comme un malheureux qui n’a plus que le souffle. Quelquefois les paysans que je rencontrais, tournant la tête, avaient l’air de se dire en eux-mêmes :
« Celui-là n’a pas besoin de s’inquiéter, il ne fera pas de vieux os ! »
Dans les environs d’Orléans, l’idée me vint d’aller voir Chauvel à Paris ; c’était une idée de malade qui se raccroche à toutes les branches. Je me figurais que les médecins de Paris en savaient plus que les barbiers, les vétérinaires et les arracheurs de dents qu’on avait envoyés dans nos bataillons en 92 ; et puis Paris c’était tout : c’est de là que partaient les décrets, les ordres aux armées, les gazettes et les grandes nouvelles ; je voulais voir Paris avant de mourir, et vers le commencement d’avril j’arrivai dans ses environs
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Histoire d'un paysan III - Erckmann-Chatrian (livre audio) | @ebookaudio

Histoire d'un paysan III - Erckmann-Chatrian (livre audio)Y inclus, gratuitement, "La guerre", des mêmes auteurs.epub et .mobi.
«Moi, je suis un homme du peuple, et j'écris pour le peuple. Je raconte ce qui s'est passé sous mes yeux.J'ai vu l'ancien régime avec ses lettres de cachet, son gouvernement du bon plaisir, sa dîme, ses corvées, ses jurandes, ses barrières, ses douanes intérieures, ses capucins crasseux mendiant de porte en porte, ses privilèges abominables, sa noblesse et son clergé, qui possédaient à eux seuls les deux tiers du territoire de la France! J'ai vu les états-généraux de 1789 et l'émigration, l'invasion des Prussiens et des Autrichiens, et la patrie en danger, la guerre civile, la Terreur, la levée en masse! enfin toutes ces choses grandes et terribles, qui étonneront les hommes jusqu'à la fin des siècles.C'est donc l'histoire de vos grands-pères, à vous tous, bourgeois, ouvriers, soldats et paysans, que je raconte, l'histoire de ces patriotes courageux qui ont renversé les bastilles, détruit les privilèges, aboli la noblesse, proclamé les Droits de l'homme, fondé l'égalité des citoyens devant la loi sur des bases inébranlables, et bousculé tous les rois de l'Europe, qui voulaient nous remettre la corde au cou.»

Extrait : Voilà comme les écrivassiers des rois vous excitent les uns contre les autres, pour vivre grassement aux dépens des peuples, qui se massacrent. Ils ne parlaient que de notre misère et de la magnificence des troupes alliées, de leur belle tenue, du grand nombre de leurs canons, du bon approvisionnement de leurs magasins, répandus le long du Rhin, chez l’électeur de Bavière, le duc de Deux-Ponts et les autres princes de l’Empire. On pense bien que cela nous donnait l’envie d’aller voir ces magasins, à Spire, à Worms, à Mayence ; nous y songions toujours et notre enthousiasme augmentait.

Malheureusement nous n’étions alors que vingt et un mille hommes d’infanterie à l’armée du Rhin, dix-sept mille volontaires nationaux, six mille hommes de troupes à cheval et dix-sept cents artilleurs, en tout quarante-six mille hommes, dont vingt-quatre mille employés à la garde des redoutes, et vingt-deux mille seulement pour tenir la campagne.
Les Prussiens et les Autrichiens ensemble montaient à p
lus de deux cent mille hommes. Nos émigrés leur criaient : « Avancez !… avancez !… » car Bouillé savait bien que les ministres de Louis XVI, en disant à l’Assemblée nationale que nos effets de campement suffisaient ; que le zèle indiscret de ceux qui fournissaient des armes aux volontaires nationaux ralentissait seul les livraisons régulières ; que l’état des arsenaux était admirable, enfin que nos armées nageaient en quelque sorte dans l’abondance ; il savait bien que ces ministres mentaient ; que nous n’avions plus d’officiers supérieurs, d’ingénieurs et de mineurs, à cause des désertions ; que nous étions forcés de mettre en réquisition les voitures, les chevaux de selle et de trait, et même les outils pour remuer la terre ; que la plupart d’entre nous n’avaient que leur veste, leur pantalon de toile et leurs sabots, avec une vieille patraque qui faisait long feu six fois sur dix ; qu’on nous avait même donné l’ordre de trouver, où nous pourrions, un sac de peau pour mettre nos misérables effets, et un sac de toile pour nos munitions ; il savait tout, puisque ces ministres, Louis XVI, la cour et les émigrés s’entendaient ensemble.
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Histoire d'un paysan II - Erckmann-Chatrian (livre audio) | @ebookaudio

Histoire d'un paysan II - Erckmann-Chatrian (livre audio)Y inclus, gratuitement, "La guerre", des mêmes auteurs.epub et .mobi.
«Moi, je suis un homme du peuple, et j'écris pour le peuple. Je raconte ce qui s'est passé sous mes yeux.J'ai vu l'ancien régime avec ses lettres de cachet, son gouvernement du bon plaisir, sa dîme, ses corvées, ses jurandes, ses barrières, ses douanes intérieures, ses capucins crasseux mendiant de porte en porte, ses privilèges abominables, sa noblesse et son clergé, qui possédaient à eux seuls les deux tiers du territoire de la France! J'ai vu les états-généraux de 1789 et l'émigration, l'invasion des Prussiens et des Autrichiens, et la patrie en danger, la guerre civile, la Terreur, la levée en masse! enfin toutes ces choses grandes et terribles, qui étonneront les hommes jusqu'à la fin des siècles.C'est donc l'histoire de vos grands-pères, à vous tous, bourgeois, ouvriers, soldats et paysans, que je raconte, l'histoire de ces patriotes courageux qui ont renversé les bastilles, détruit les privilèges, aboli la noblesse, proclamé les Droits de l'homme, fondé l'égalité des citoyens devant la loi sur des bases inébranlables, et bousculé tous les rois de l'Europe, qui voulaient nous remettre la corde au cou.»

Extrait : Lorsque ces nouvelles arrivèrent au pays, la disette était encore si grande, que les pauvres vivaient de l’herbe des champs, en la faisant bouillir avec un peu de sel. Par bonheur le bois ne manquait pas ; l’orage montait : les gardes de monseigneur le cardinal-évêque restaient tranquillement chez eux, pour ne pas rencontrer les délinquants. Oui, c’était terrible !… terrible pour tout le monde, mais principalement pour les employés du fisc, pour les justiciers et tous ceux qui vivaient de l’argent du roi. Ces gens graves, prévôts, conseillers, syndics, tabellions, procureurs, de père en fils, se trouvaient comme logés dans une de ces vieilles maisons de Saverne, toutes vermoulues et décrépites, de véritables nids à rats, qui durent depuis des siècles et qui tomberont aux premiers coups de pioche. Ils le savaient, ils sentaient que cela menaçait ruine, et vous regardaient du coin de l’œil, d’un air inquiet ; ils oubliaient de poudrer leurs perruques et ne venaient plus danser leurs menuets au Tivoli.

Les nouvelles de Versailles se répandaient jusque dans les derniers villages. On attendait encore quelque chose, personne n’aurait pu dire quoi ! Le bruit courait que nos députés étaient entourés de soldats ; qu’on voulait leur faire peur, ou peut-être les mass
acrer. Ceux qui passaient à l’auberge des Trois-Pigeons ne parlaient plus que de cela. Maître Jean s’écriait :
— À quoi pensez-vous ? Est-ce que notre bon roi est capable de commettre des abominations ? Est-ce qu’il n’a pas convoqué lui-même des députés de son peuple, pour connaître nos besoins et faire à tous notre bonheur ? Ôtez-vous donc ces idées de la tête !
Les autres, du Harberg ou de Dagsbourg, le poing sur la table, ne répondaient pas ; ils s’en allaient pensifs, et maître Jean disait :
— Dieu veuille que la reine et le comte d’Artois n’essayent pas de faire un mauvais coup, car ceux qui n’ont plus rien à perdre ont tout à gagner ; et si la bataille commence, personne de nous n’en verra la fin.
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Histoire d'un paysan I - Erckmann-Chatrian (livre audio) | @ebookaudio

Histoire d'un paysan I - Erckmann-Chatrian (livre audio)Y inclus, gratuitement, "La guerre", des mêmes auteurs.epub et .mobi.
«Moi, je suis un homme du peuple, et j'écris pour le peuple. Je raconte ce qui s'est passé sous mes yeux.J'ai vu l'ancien régime avec ses lettres de cachet, son gouvernement du bon plaisir, sa dîme, ses corvées, ses jurandes, ses barrières, ses douanes intérieures, ses capucins crasseux mendiant de porte en porte, ses privilèges abominables, sa noblesse et son clergé, qui possédaient à eux seuls les deux tiers du territoire de la France! J'ai vu les états-généraux de 1789 et l'émigration, l'invasion des Prussiens et des Autrichiens, et la patrie en danger, la guerre civile, la Terreur, la levée en masse! enfin toutes ces choses grandes et terribles, qui étonneront les hommes jusqu'à la fin des siècles.C'est donc l'histoire de vos grands-pères, à vous tous, bourgeois, ouvriers, soldats et paysans, que je raconte, l'histoire de ces patriotes courageux qui ont renversé les bastilles, détruit les privilèges, aboli la noblesse, proclamé les Droits de l'homme, fondé l'égalité des citoyens devant la loi sur des bases inébranlables, et bousculé tous les rois de l'Europe, qui voulaient nous remettre la corde au cou.»

Extrait : Et Phalsbourg avait un haut passage, ce qui veut dire que chaque chariot de marchandises, comme drap, laine, ou autres choses semblables, payait un florin à la barrière ; chaque voiture d’échalas, planches, douves et autres bois charpentés, 6 gros de Lorraine ; chaque voiture de meubles riches, comme velours, soie, drap fin, 30 gros ; un cheval chargé, 2 gros ; une hotte de marchandises, 1/2 gros ; la charretée de poisson, 1/2 florin ; la charretée de beurre, d’œufs, de fromage, 6 gros ; chaque muid de sel, 6 gros ; chaque rezal de seigle ou de blé, 3 gros ; le rezal d’orge ou d’avoine, 2 ; le cent de fer, 2 ; un bœuf ou une vache, 6 pfénings ; un veau, porc ou brebis, 2 pfénings ; etc.

Ainsi les gens de Phalsbourg ou des environs ne pouvaient manger, boire ou se vêtir, sans payer une somme ronde aux ducs de Lorraine.
Ensuite venait la gabelle, c’est-à-dire que tous les hôteliers, aubergistes et taverniers demeurant à Phalsbourg, ou dans les villages en dépendant, étaient tenus de payer à Son Altesse six pots de vin ou bière, pour chaque mesure encavée ou vendue. Ensuite se touchaient pour Son Altesse les lods et ventes, savoir : à la vente des maisons ou héritages, 5 florins pour 100. Ensuite le mesurage des grains, ce qui signifiait que tous les grains : blé, seigle, orge, avoine, vendus à la halle, devaient un sou par rezal à Son Altesse.
Ensuite se payait l’étalage des foires. On en comptait trois par an : la première, à la Saint-Mathias ; la seconde, à la Saint-Modesty ; la troisième, à la Saint-Gall. Deux sergents visiteurs taxaient les places à tant, pour le bénéfice de Son Altesse.
Ensuite venaient les poids de la ville : pour le cent de laine, farine ou autres marchandises, un sou ; puis les amendes, qui se plaidaient par-devant le prévôt, mais que les conseillers de Son Altesse jugeaient et taxaient à son profit ; puis le droit de glandage et passon ; les droits d’affouage, les droits de foulon et battant ; la grosse dîme, pour les deux tiers à Son Altesse, et pour l’autre tiers à l’Église ; la petite dîme, en blé, pour l’Église seule, mais dont Son Altesse finit par lui retirer la connaissance, parce qu’elle s’aimait encore mieux que l’Église.
Et maintenant, si l’on veut savoir comment tant de braves gens se trouvaient ainsi sous la coupe de Son Altesse, de ses prévôts, baillis, sénéchaux et conseillers, il faut se rappeler qu’environ deux cents ans avant cette grande misère, un nommé Georges-Jean, comte Palatin, duc de Bavière et comte de Weldentz, qui possédait dans notre pays des forêts immenses par la grâce des empereurs d’Allemagne, mais qui ne pouvait en tirer un centime, faute de gens pour les habiter, faute de chemins pour transporter les bois, et faute de rivières entretenues pour les flotter, s’était mis à publier en Alsace, en Lorraine et dans le Palatinat : « que tous ceux qui se sentaient du courage au travail n’avaient qu’à se rendre dans ces bois ; qu’il leur fournirait des terres, et qu’ils vivraient comme coqs en pâte ; – que lui, Jean de Weldentz, faisait cela pour la gloire de Dieu ! Que Phalsbourg étant un grand chemin entre la France, la Lorraine, le Vestrich et l’Alsace, les artisans et commerçants, charrons, maréchaux, tonneliers, cordonniers, y trouveraient un grand débit de leurs marchandises ; comme aussi les serruriers, armuriers, tapissiers, cabaretiers et autres gens ind
ustrieux ; – et que l’honneur de Dieu devant commencer toute grande entreprise, ceux qui se rendraient dans sa ville de Phalsbourg seraient exempts de servitudes ; qu’ils pourraient bâtir, et qu’ils auraient le bois gratis ! Qu’on leur élèverait une église, pour y prêcher la pureté, la simplicité, la bonne foi ; qu’on leur construirait une école, pour enseigner aux enfants la vraie religion, attendu que l’esprit de la jeunesse est un jardin excellent, où l’on sème des plantes délicieuses, dont l’odeur s’élève jusqu’à Dieu ! »
Il promit encore mille autres avantages, exceptions et satisfactions, dont la nouvelle se répandit par toute l’Allemagne, de sorte qu’une foule de gens accoururent pour jouir de ces bienfaits. Ils bâtirent, ils défrichèrent, ils cultivèrent, et mirent les bois de Georges-Jean en valeur ; ce qui ne rapportait rien valut quelque chose !
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Les deux frères - Erckmann-Chatrian (livre audio) | @ebookaudio

Les deux frères - Erckmann-Chatrian (livre audio)Y inclus, gratuitement, "La guerre", des mêmes auteurs.epub et .mobi.
M. Florence est instituteur dans le petit hameau des Chaumes. Dans ce village vivent les frères Rantzau, les deux plus riches propriétaires de la région, qui se détestent et se jalousent mutuellement. Tout le village subit cet affrontement entre les deux hommes, qui inculquent cette animosité à leurs enfants. Seuls M. Florence, ainsi que M. Jannequin, le curé, essaient tant bien que mal de se maintenir entre les deux camps et de les réconcilier.

Extrait : Malgré le grand âge du beau-père et sa faiblesse, nous avions donc toutes les raisons d’être heureux ; j’avais pris sa place à l’école, à la maison, à l’église, à l’arpentage, aux ventes de coupes ; j’étais adopté par la commune, qui me donnait trois cents francs de fixe ; avec ce qui me revenait comme organiste, comme chantre, aux baptêmes, aux mariages, aux décès, et les cinquante sous des parents par élève chaque hiver, les cadeaux du nouvel An et le reste, cela montait bien à huit cents francs. Le petit jardin de la maison d’école, que ma femme et moi nous cultivions nous-mêmes, nous donnait des légumes pour l’année ; nous élevions aussi un porc, que le hardier Balthazar menait à la glandée, en récompense des peines que je prenais avec son garçon. Enfin tout allait bien, et je suivais exactement la recommandation du beau-père, de ne jamais entrer dans une dispute du village. M. le curé Jannequin s’intéressait à nous ; il aimait à me parler de ses abeilles, c’est moi qui sortais le miel de ses ruches en automne, et il ne manquait jamais de nous en envoyer un beau rayon. C’était un de ces vieux curés, revenus de l’émigration, pleins d’expérience et de sagesse, parlant bien, lentement, avec bon sens, faisant des prédications courtes, et tâchant de gagner leur dernière demeure sans nouveaux accidents. Il en avait tant vu… tant vu de toutes sortes, que l’exaltation des jeunes prêtres, du père Tarin et des missionnaires parcourant toute la France pour convertir les hérétiques, lui faisait lever les épaules. Deux ou trois fois étant ensemble seuls dans son jardin, derrière le presbytère, au moment où le facteur venait d’apporter la gazette et qu’il y jetait les yeux, je l’ai vu devenir blanc comme un linge.

« Florence, me disait-il en levant la main, ces jeunes gens nous perdront tous. Seigneur Dieu, faut-il donc que l’expérience des anciens ne profite pas à ceux qui les suivent ? Nos fautes, si durement expiées, n’ont donc éclairé personne !… Quel malheur ! »

Et puis, s’arrêtant, il murmurait :
« Songeons à autre chose ! »
Cela ne l’empêchait pas d’être sévère dans l’accomplissement de ses devoirs et de mériter la vénération de tout le pays.
Cinq ans après mon arrivée aux Chaumes, le père Labadie mourut, il s’éteignit doucement un soir. C’est la première grande douleur que j’éprouvai dans ma nouvelle famille. Ma femme en tomba faible deux fois ; elle ne put aller à l’enterrement, où toute la montagne accourut ; et moi je fus obligé de tenir l’orgue, pleurant comme un enfant ; je fus obligé de conduire, comme chantre, le cercueil au petit cimetière du village. Ah ! l’idée de Dieu peut seule nous soulager dans de pareils moments, l’idée de Celui qui récompense la vie du juste, et qui le recueille dans son sein, après le travail pénible, les chagrins et les soucis supportés avec courage en ce monde.
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Histoire d'un conscrit de 1813 - Erckmann-Chatrian (livre audio) | @ebookaudio

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Joseph Bertha, apprenti horloger à Phalsbourg, voit passer les troupes de Napoléon et l'Empereur lui-même en marche vers la Russie. Amoureux de Catherine, il craint de se voir appelé sous les drapeaux, malgré sa boiterie. L'hiver est terrible et l'on apprend les défaites lointaines qui amènent finalement une conscription générale et sans exception. Joseph Bertha est enrôlé en dépit de son infirmité, et il reçoit sa feuille de route pour Mayence où il arrive après une marche pénible. À Francfort, il apprend la discipline de fer des armées tandis qu'on voit revenir de Pologne des convois de blessés.

Extrait : C’est là qu’il fallait voir arriver des princes, des ambassadeurs et des généraux, les uns à cheval, les autres en calèche, les autres en berline, avec des habits galonnés, des plumets, des fourrures et des décorations de tous les pays. Et sur la grande route, il fallait voir passer les courriers, les estafettes, les convois de poudre, de boulets, les canons, les caissons, la cavalerie et l’infanterie ! Quel temps ! quel mouvement !

En cinq ou six ans, l’hôtelier Georges fit fortune ; il eut des prés, des vergers, des maisons et des écus en abondance, car tous ces gens arrivant d’Allemagne, de Suisse, de Russie, de Pologne ou d’ailleurs ne regardaient pas à quelques poignées d’or répandues sur les grands chemins ; c’étaient tous des nobles, qui se faisaient gloire en quelque sorte de ne rien ménager.
Du matin au soir, et même pendant la nuit, l’hôtel du Bœuf-Rouge tenait table ouverte. Le long des hautes fenêtres en bas, on ne voyait que les grandes nappes blanches, étincelantes d’argenterie et couvertes de gibier, de poisson et d’autres mets rares, autour desquels ces voyageurs venaient s’asseoir côte à côte. On n’entendait dans la grande cour derrière que les hennissements des chevaux, les cris des postillons, les éclats de rire des servantes, le roulement des voitures, arrivant ou partant, sous les hautes portes cochères. Ah ! l’hôtel du Bœuf-Rouge n’aura jamais un temps de prospérité pareille !
On voyait aussi descendre l
à des gens de la ville, qu’on avait connus dans le temps pour chercher du bois sec à la forêt, ou ramasser le fumier des chevaux sur les grandes routes. Ils étaient passés commandants, colonels, généraux, un sur mille, à force de batailler dans tous les pays du monde.
Le vieux Melchior, son bonnet de soie noire tiré sur ses larges oreilles poilues, les paupières flasques, le nez pincé dans ses grandes besicles de corne et les lèvres serrées, ne pouvait s’empêcher de déposer sur l’établi sa loupe et son poinçon et de jeter quelquefois un regard vers l’auberge, surtout quand les grands coups de fouet des postillons à lourdes bottes, petite veste et perruque de chanvre tortillée sur la nuque, retentissaient dans les échos des remparts, annonçant quelque nouveau personnage. Alors il devenait attentif, et de temps en temps je l’entendais s’écrier :
« Tiens ! c’est le fils du couvreur Jacob, de la vieille ravaudeuse Marie-Anne ou du tonnelier Franz Sépel ! Il a fait son chemin… le voilà colonel et baron de l’Empire par-dessus le marché ! Pourquoi donc est-ce qu’il ne descend pas chez son père, qui demeure là-bas dans la rue des Capucins ? »
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Histoire d’un homme du peuple - Erckmann-Chatrian (livre audio) | @ebookaudio

Histoire d’un homme du peuple - Erckmann-Chatrian (livre audio)Y inclus, gratuitement, "La guerre", des mêmes auteurs.epub et .mobi.
L'«Homme du peuple» est un ouvrier de Saverne, Jean-Pierre Clavel, orphelin élevé par une brave marchande des quatre saisons, la mère Balais, pauvre mais généreuse, qui a fait de lui un bon artisan et l'a envoyé à Paris pour se perfectionner dans son état de menuisier. Il est embauché dans l'atelier de menuiserie Braconneau dont le principal ouvrier, le père Perrignon, lui fait petit à petit partager ses idées révolutionnaires. Notre héros assiste aux débuts de la Révolution de 1848 et finit par y prendre une petite part en combattant sur une barricade. Mais, plus qu'un acteur, il est pour nous un témoin de première main, relatant les seuls événements qu'il a pu voir. C'est cette description, sur le vif, au «ras des pâquerettes», que ce soit de la vie à Saverne, de la découverte des vieux quartiers de Paris, où d'un petit bout de la «grande histoire» en train de se faire, qui fait, comme toujours chez Erckmann-Chatrian, tout le charme de ce récit.

Extrait : Contre le mur du pignon, au-dessus de la table, le portrait de M. Balais, ancien capitaine au 37e de ligne, le grand chapeau à cornes et ses deux glands d’or en travers des épaules, les yeux gris clair, les moustaches jaunes et les joues brunes, avait l’air de vous regarder en entrant. C’était un homme superbe, avec sa tête toute droite dans son haut collet bleu ; la mère Balais disait quelquefois :

— C’est Balais, mon défunt, mort au champ d’honneur le 21 juin 1813, à la retraite de Vittoria, dans l’arrière-garde.
Alors elle serrait les lèvres et continuait à faire son ménage, toute pensive, sans parler durant des heures.
À gauche de la grande chambre s’ouvrait le fruitier, qui n’était que le grenier de la maison ; ses lucarnes restaient ouvertes en été ; mais, quand la neige commençait à tomber, sur la fin de novembre, on les fermait avec de la paille. Les fruits, en bon ordre, montaient sur trois rangées de lattes, et la bonne odeur se répandait partout.
À droite se trouvait encore un cabinet, la fenêtre sur le toit de la cour. Dans ce cabinet, j’ai dormi des années ; il n’avait pas plus de huit pieds de large sur dix à douze de long ; mais il y faisait bien bon, à cause de la grande cheminée appliquée contre, où passait toute la chaleur de la maison. Jamais l’eau n’y gelait dans ma cruche en plein hiver.
Combien de fois depuis, songeant à cela, je me suis écrié :
« Jean-Pierre, tu ne trouveras plus de chambre pareille
 ! »
J’aime autant vous raconter ces choses tout de suite, pour vous faire comprendre ma surprise de trouver un si beau logement.
Les paniers de cerises étaient tous rangés à terre, Mme Balais commença par les porter dans le fruitier ; ensuite elle revint avec une belle tête de chou, des poireaux et quelques grosses pommes de terre, qu’elle déposa sur la table d’un air de bonne humeur. Elle sortit du tiroir le pain, le sel, le poivre, avec un morceau de lard ; et comme je voyais d’avance ce qu’elle voulait faire, je pris aussitôt la hachette pour tailler du petit bois. Elle me regardait en souriant, et disait :
— Tu es un brave enfant, Jean-Pierre. Nous allons être heureux ensemble.
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L’Invasion ou le Fou Yégof - Erckmann-Chatrian (livre audio) | @ebookaudio

L’Invasion ou le Fou Yégof - Erckmann-Chatrian (livre audio)Y inclus, gratuitement, "La guerre", des mêmes auteurs.epub et .mobi.
Après la débacle des armées napoléoniennes relatées dans «Le conscrit de 1813», les armées coalisées apparaissent en France. Le sabotier Hullin et sa cousine Catherine Lefèvre suscitent chez les montagnards un mouvement de résistance qui contribue pendant un temps à arrêter l'ennemi. La résistance à l'oppresseur s'organise dans les Vosges, où les armées ont plus de mal à passer. Mais le mouvement échoue à cause du fou Yégof, qui prédit depuis trente ans le triomphe des hordes germaniques.

Extrait : Outre cette affection naturelle, le brave homme en avait encore d’autres : il aimait surtout sa cousine, la vieille fermière du Bois-de-Chênes, Catherine Lefèvre, et son fils Gaspard, enlevé par la conscription de cette année, un beau garçon fiancé à Louise, et dont toute la famille attendait le retour à la fin de la campagne.

Hullin se rappelait toujours avec enthousiasme ses campagnes de Sambre-et-Meuse, d’Italie et d’Égypte. Il y pensait souvent, et parfois, le soir, après le travail, il se rendait à la scierie du Valtin, cette sombre usine formée de troncs d’arbres encore revêtus de leur écorce, et que vous apercevez là-bas au fond de la gorge. Il s’asseyait au milieu des bûcherons, des charbonniers, des schlitteurs, en face du grand feu de sciure, et tandis que la roue pesante tournait, que l’écluse tonnait et que la scie grinçait, lui, le coude sur le genou, la pipe aux lèvres, il leur parlait de Hoche, de Kléber, et finalement du général Bonaparte, qu’il avait vu cent fois, et dont il peignait la figure maigre, les yeux perçants, le profil d’aigle, comme s’il eût été présent.
Tel était Jean-Claude Hullin.
C’était un homme de la vieille souche gauloise, aimant les aventures extraordinaires, les entreprises héroïques, mais cloué au travail par le sentiment du devoir depuis le jour de l’an jusqu’à la Saint-Sylvestre.
Quant à Louise, la fille des heimathslôs, c’était une créature svelte, légère, les mains longues et délicates, les yeux d’un bleu d’azur si tendre qu’ils vous allaient jusqu’au fond de l’âme, le teint d’une blancheur de neige, les cheveux d’un blond paille, semblables à de la soie, les épaules inclinées comme celles d’une vierge en prière. Son naïf sourire, son front rêveur, enfin toute sa personne rappelait le vieux lied du minnesinger Erhart, lorsqu’il dit : « J’ai vu passer un rayon de lumière, mes yeux en sont encore éblouis… Était-ce un regard de la lune à travers le feuillage ?… Était-ce un sourire de l’aurore au fond des bois ? – Non… c’était la belle Édith, mon amour, qui passait… Je l’ai vue, et mes yeux en sont encore éblouis. »
Louise n’aimait que les champs, les jardins et les fleurs. Au printemps, les premières notes de l’alouette lui faisaient répandre des larmes d’atte
ndrissement. Elle allait voir naître les bluets et l’aubépine derrière les buissons de la côte ; elle guettait le retour des hirondelles au coin des fenêtres de la mansarde. C’était toujours la fille des heimathslôs errants et vagabonds, seulement un peu moins sauvage. Hullin lui pardonnait tout ; il comprenait sa nature et lui disait parfois en riant :
« Ma pauvre Louise, avec le butin que tu nous apportes, – tes belles gerbes de fleurs et d’épis dorés, – nous mourrions de faim dans trois jours ! »
Alors elle lui souriait si tendrement et l’embrassait de si bon cœur, qu’il se remettait à l’ouvrage en disant :
« Bah ! qu’ai-je besoin de gronder ? Elle a raison, elle aime le soleil… Gaspard travaillera pour deux, il aura du bonheur pour quatre… Je ne le plains pas, au contraire… Des femmes qui travaillent, on en trouve assez, et ça ne les rend pas plus belles ; mais des femmes qui aiment ! quelle chance d’en rencontrer une, quelle chance ! »
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Contes III - Erckmann-Chatrian (livre audio) | @ebookaudio

Contes III - Erckmann-Chatrian (livre audio)
Y inclus, gratuitement, "La guerre", des mêmes auteurs.epub et .mobi.
Originaires de la Lorraine, Émile Erckmann (1822-1899) et Alexandre Chatrian (1826-1890) ont écrit ensemble et publié leurs œuvres sous le nom de Erckmann-Chatrian. La lunette de Hans Schnaps -- Le tisserand de la Steinbach -- Pourquoi Hunebourg ne fut pas rendu -- Hugues le Loup -- Le combat d’ours -- Le rêve d’Aloïus -- Les Bohémiens d’Alsace sous la révolution -- Le coquillage de l’oncle Bernard

Extrait: C’était un singulier original, le nez long, les yeux gris, la lèvre moqueuse. À voir son large feutre, sa casaque de bure rougeâtre, sa barbe taillée en pointe, vous l’eussiez pris pour un artiste flamand.

Je le rencontrais quelquefois à la taverne du Pot de Tabac, sur le Zeil ; nous faisions ensemble notre partie deyoucker, nous causions de la pluie et du beau temps. Schnaps n’éprouvait pas le besoin de me faire connaître ses occupations, je ne voyais pas la nécessité de l’initier aux miennes, et, dans le fait, cela nous importait fort peu.
Un jour, le bourgmestre Zacharias me dit :
— Docteur Bénédum, vous fréquentez un certain Hans Schnaps.
— C’est vrai, bourgmestre, nous fais
ons notre partie ensemble assez souvent.
— Ce Schnaps est un fou.
— Ah ! je ne m’en suis pas aperçu.
— Rien de plus positif : au lieu de s’occuper de sa pharmacie, il va se promener à droite et à gauche, avec une grande lunette ; il s’arrête ici, là ; bref, il perd son temps et ses pratiques.
— Cela le regarde, bourgmestre, que voulez-vous que j’y fasse ?
— Sans doute ; mais il rend sa femme malheureuse.
— Ah ! il est marié ?
— Oui, avec la fille d’un marchand de drap, un bien digne homme et fort à son aise.
— Allons, tant mieux : Schnaps aura du bien plus tard.
— Oui, mais il le mangera.
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Contes II - Erckmann-Chatrian (livre audio) | @ebookaudio

Contes II - Erckmann-Chatrian (livre audio)Y inclus, gratuitement, "La guerre", des mêmes auteurs.epub et .mobi.
Originaires de la Lorraine, Émile Erckmann (1822-1899) et Alexandre Chatrian (1826-1890) ont écrit ensemble et publié leurs œuvres sous le nom de Erckmann-Chatrian. Entre deux vins -- Le violon du pendu -- La pêche miraculeuse -- L'esquisse mystérieuse -- La voleuse d'enfants -- Les trois âmes -- L'araignée-crabe -- L'héritage de l'oncle Christian -- Gretchen -- La montre du doyen -- Le rêve de mon cousin Elof -- Hans Storkus -- Les fiancés de Grinderwald

Extrait: Maître Albertus, assis dans son grand fauteuil, les pieds sur les chenets, le coude au coin de la table, tout en fumant sa pipe, se mettait à biffer l’une après l’autre les singulières découvertes de son élève. Karl en pleurait de rage, il se fâchait, il contestait ; mais le vieux maître ouvrait tranquillement un de ses innombrables cahiers et, le doigt sur le passage, disait : « Regarde, garçon ! » Alors Karl baissait la tête et désespérait de l’avenir.

Mais un beau matin qu’il avait présenté sous son nom, à maître Albertus, une fantaisie de Boccherini variée de Viotti, le bonhomme jusqu’alors impassible se fâcha.
« Karl, s’écria-t-il, est-ce que tu me prends pour un âne ? Crois-tu que je ne m’aperçoive pas de tes indignes larcins ? Ceci est vraiment trop fort ! »

Et le voyant consterné de son apostrophe :
« Écoute, lui dit-il, je veux bien admettre que tu sois dupe de ta mémoire, et que tu prennes tes souvenirs pour des inventions, mais décidément tu deviens trop gras, tu bois du vin trop généreux, et surtout une quantité de chopes trop indéterminée. Voilà ce qui ferme les avenues de ton intelligence. Il faut maigrir !
— Maigrir !
— Oui !… ou renoncer à la musique. La science ne te manque pas, mais les idées, et c’est tout simple : si tu passais ta vie à enduire les cordes de ton violon d’une couche de graisse, comment pourraient-elles vibrer ?
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Contes I - Erckmann-Chatrian (livre audio) | @ebookaudio

Contes I - Erckmann-Chatrian (livre audio)Y inclus, gratuitement, "La guerre", des mêmes auteurs.epub et .mobi.
Originaires de la Lorraine, Émile Erckmann (1822-1899) et Alexandre Chatrian (1826-1890) ont écrit ensemble et publié leurs œuvres sous le nom de Erckmann-Chatrian. L'oreille de la chouette -- Crispinus ou l'histoire interrompue -- Le bourgmestre en bouteille -- Le cabaliste Hans Weinland -- Le bouc d'Israël -- Une nuit dans les bois -- La reine des abeilles -- Messire Tempus -- Le Requiem du corbeau -- Le chant de la Tonne -- La tresse noire -- Le Blanc et le Noir

Extrait: La porte de la rue est fermée à double tour ; je lui tourne le dos. Devant moi, la cuisine sombre s’ouvre tout au large… Je vois, à droite, la bouche du four fermée par une plaque en tôle… la pierre de l’âtre couverte de bûches éteintes… et sous le four, une sorte de creux où Grédel jette les cendres. À gauche, les marches de l’escalier tournant, à rampe de bois, où l’ombre se découpe en zigzag, et, sous l’escalier, la porte qui descend à la cave.

Tout cela, vaguement éclairé par ma chandelle ; l’ombre avance, recule, et je ris intérieurement de cette lutte incessante de la lumière et des ténèbres !
Enfin, à travers le vitrail de la petite fenêtre du fond, je découvre l’échoppe de la cour, lorsqu’il y a pleine lune, et sous le hangar les piles de fagots éclaboussées de lumière blanche.
Voilà ma seule perspective… voilà ce qu’il me faut pour le travail.
Pendant que le grillon, blotti derrière le grand poêle de fonte, chante sa complainte mélancolique, je laisse ma plume courir au gré de l’inspiration. Parfois, j’écris des histoires gracieuses… et parfois terribles… Cela dépend du temps qu’il fait… des personnes que j’ai rencontrées… et même, il faut bien le dire, de ce que j’ai bu dans la soirée chez mon ami Luther… Sans compter beaucoup d’autres causesqu’il serait trop long d’énumérer.
Mais ce que je préfère par-dessus tout, c’est la fantaisie.
Vous dire, par exemple, le plaisir que j’éprouve à raconter les fiançailles du petit diablotin Hâwitz, lequel s’amuse à tendre des filets dans l’herb
e, pour prendre des vers luisants, serait chose impossible !
Les détails se présentent à mon imagination sans efforts, sans fatigue, et pour ainsi dire d’eux-mêmes… Toute la noce défile devant mes yeux… je la vois… j’y suis.
D’abord, les grands de la cour en costume d’apparat… les princes et les princesses, les favoris et les favorites, faisant leur entrée triomphale sous le dôme de la campanule violette… L’orchestre des grillons en amphithéâtre dans la salle du palais de mousse… les fanfares des trois grandes cigales à manteaux verts, le poing sur la hanche, soufflant à tue-tête dans leurs trompes d’émeraude, et convoquant les populations lointaines… La promenade nocturne sous les girandoles de rosée, qui reflètent les étoiles dans l’immense avenue de persil et de marjolaine… Le balancement des panaches… l’agitation des éventails… la coupe des habits… le givre diamanté des parures…
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Confidences d'un joueur de clarinette - Erckmann-Chatrian (livre audio | @ebookaudio

Confidences d'un joueur de clarinette - Erckmann-Chatrian (livre audio)Y inclus, gratuitement, "La guerre", des mêmes auteurs.epub et .mobi.
Erckmann-Chatrian est le nom de plume sous lequel signaient deux écrivains français : Émile Erckmann et Alexandre Chatrian.

Extrait : — Kasper, si nous conservons ce temps encore six semaines, nous aurons ce qui s’appelle une année riche en tous les biens de la terre. La vigne n’a plus rien à craindre, le grain est formé, et maintenant il ne lui faut plus que la force du soleil, qui renferme dans ses rayons une douceur singulière ; c’est, à proprement parler, la vie et l’âme des hommes, et cette grande douceur vient des comètes. Oui, nous aurons une fameuse année, et je suis bien content de n’avoir pas vendu mes futailles, malgré le bon prix que m’en offrait Mériâne. Les gens de la haute montagne n’auront pas à se plaindre non plus, car il est tombé de la pluie en abondance au printemps ; les pommes de terre se sont fortifiées et les blés ont pris du corps. Regarde tout là-haut, sur la côte, ces plaques jaunes comme de l’or entre les sapins, ce sont les avoines de l’anabaptiste Pelsly ; il en a six arpents d’une pièce. Et là-bas, dans l’ombre de Rhéethal, ces grands carrés bruns, ce sont les pommes de terre de Turckheim ; les tiges commencent à se flétrir à cause de la grande chaleur, mais elle ne peut plus leur nuire ; elles sont toutes formées. Enfin, enfin, tout le monde peut être content, car le Seigneur comble de ses bénédictions toute la terre. Descendons, Kasper ; ferme bien la porte, que les fouines n’entrent pas.

Il descendait alors l’échelle à reculons. Je le suivis dans l’obscurité, après avoir bien refermé la porte et tiré le verrou. Arrivés dans le grenier au-dessous, l’oncle, me posant la main sur l’épaule, me dit en riant :
— C’est pour le coup, Kasper, qu’il va falloir te mettre en route et souffler dans ta clarinette ; plus l’année est bonne, plus les gens sont généreux : ils ne regardent pas à deux « groschen », ni à trois non plus. Tâche de gagner de l’argent, tâche d’avoir tes deux arpents de vigne cet hiver ; avec les trois que tu as déjà et les miens, cela fera du bien au ménage. Hé ! hé ! garçon, pense qu’il faut profiter de ta jeunesse.
Alors je me sentis vraiment heureux, car, en parlant de la sorte, l’oncle Conrad songeait à mon mariage avec Margrédel. Il descendit ensuite dans la cour, et de ma fenêtre, qui donnait de ce côté, je le vis entrer sous la grande échoppe, visiter ses tonnes et ses foudres, examiner les cercles l’un après l’autre, puis s’arrêter quelques instants après les bras croisés devant le pressoir. Enfin il ouvrit la porte du cellier à droite, et je l’entendis frapper sur les tonnes vides, qui retentissaient au fond des voûtes sonores.
Le soleil était magnifique.
Midi ayant sonné, je descendis dans la grande salle, où je trouvai Margrédel en train de mettre la nappe. Alors je lui racontai les paroles de son père en lui prenant la main ; elle baissait les yeux et ne disait rien
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L'ami Fritz - Erckmann-Chatrian (livre audio) | @ebookaudio

L'ami Fritz - Erckmann-Chatrian (livre audio)
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Fritz Kobus, bon Bavarois anabaptiste, est un célibataire endurci et heureux. Il apprécie la vie en vrai épicurien, se réjouit de bien manger et de bien boire. Un sentiment saisit le célibataire quand il découvre la jeune Sûzel.

Extrait : « Tu te lèveras le matin, entre sept et huit heures, et la veille Katel t’apportera ton déjeuner, que tu choisiras toi-même, selon ton goût. Ensuite tu pourras aller, soit au Casino lire le journal, soit faire un tour aux champs, pour te mettre en appétit. À midi, tu reviendras dîner ; après le dîner, tu vérifieras tes comptes, tu recevras tes rentes, tu feras tes marchés. Le soir, après souper, tu iras à la brasserie du Grand-Cerf,faire quelques parties deyoukerou de ramsavec les premiers venus. Tu fumeras des pipes, tu videras des chopes, et tu seras l’homme le plus heureux du monde. Tâche d’avoir toujours la tête froide, le ventre libre et les pieds chauds : c’est le précepte de la sagesse. Et surtout, évite ces trois choses : de devenir trop gras, de prendre des actions industrielles et de te marier. Avec cela, Kobus, j’ose te prédire que tu deviendras vieux comme Mathusalem ; ceux qui te suivront diront : “C’était un homme d’esprit, un homme de bon sens, un joyeux compère !” Que peux-tu désirer de plus, quand le roi Salomon déclare lui-même que l’accident qui frappe l’homme, et celui qui frappe la bête sont un seul et même accident ; que la mort de l’un est la même mort que celle de l’autre, et qu’ils ont tous deux le même souffle !… Puisqu’il en est ainsi, pensa Kobus, tâchons au moins de profiter de notre souffle, pendant qu’il nous est permis de souffler. »

Or, durant quinze ans, Fritz Kobus suivit exactement la règle qu’il s’était tracée d’avance ; sa vieille servante Katel, la meilleure cuisinière de Hunebourg, lui servit toujours les morceaux qu’il aimait le plus, apprêtés de la façon qu’il voulait ; il eut toujours la meilleure choucroute, le meilleur jambon, les meilleures andouilles et le meilleur vin du pays ; il prit régulièrement ses cinq chopes debockbierà la brasserie du Grand-Cerf ;il lut régulièrement le même journal à la même heure ; il fit régulièrement ses parties deyoukeret de rams,tantôt avec l’un, tant
ôt avec l’autre.
Tout changeait autour de lui, Fritz Kobus seul ne changeait pas ; tous ses anciens camarades montaient en grade, et Kobus ne leur portait pas envie ; au contraire, lisait-il dans son journal que Yéri-Hans venait d’être nommé capitaine des housards, à cause de son courage ; que Frantz-Sépel venait d’inventer une machine pour filer le chanvre à moitié prix ; que Pétrus venait d’obtenir une chaire de métaphysique à Munich ; que Nickel Bischoff venait d’être décoré de l’ordre du Mérite pour ses belles poésies, aussitôt il se réjouissait et disait : « Voyez comme ces gaillards-là se donnent de la peine : les uns se font casser bras et jambes pour me garder mon bien ; les autres font des inventions pour m’obtenir les choses à bon marché ; les autres suent sang et eau pour écrire des poésies et me faire passer un bon quart d’heure quand je m’ennuie… Ha ! ha ! ha ! les bons enfants ! »
Et les grosses joues de Kobus se relevaient, sa grande bouche se fendait jusqu’aux oreilles, son large nez s’épatait de satisfaction ; il poussait un éclat de rire qui n’en finissait plus.
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Les années de collège de maître Nablot - Erckmann-Chatrian (livre audi | @ebookaudio

Les années de collège de maître Nablot - Erckmann-Chatrian (livre audio)Y inclus, gratuitement, "La guerre", des mêmes autres .epub et .mobi.
Extrait : Cette vieille salle, mal pavée, avec ses tables déchiquetées par dix générations d’élèves, ses pupitres, son maître d’étude dans sa chaire, sous le quinquet fumeux, les plumes qui grincent, les vieux dictionnaires qu’on feuillette du pouce, les thèmes, les versions que l’on bâcle, tout est là… J’en frémis, oui, j’en ai la chair de poule !

Et dire qu’il se trouve des êtres assez dépourvus de bon sens pour soutenir que c’est le plus beau temps de la vie !
Au bout de deux heures de cet ennui mortel, voilà que la cloche recommence ; les pupitres se referment avec vacarme, on court au réfectoire, où Canard et Miston vous distribuent de gros morceaux de pain pour déjeuner. Ceux qui sont de bonne famille, que M. Canard connaît, ont tous les croûtons ; les autres, pauvres diables dont les parents n’ont glissé qu’une petite pièce de quarante sous à M. Canard, auront la mie toute l’année. Et les fils de famille recevront en outre, de la maison, des jambons, des cervelas, des pots de confiture et de compote, dont ils n’o
ffriront jamais rien à leurs camarades.
Ça, c’est la première leçon et la meilleure du collège ; ce n’est pas du grec ni du latin, c’est du bon français : Pour mériter la considération de M. Canard et des camarades, il faut être riche. C’est là que se révèle le sens du positif ; c’est là que les goinfres commencent à se croire supérieurs aux autres, qui ne reçoivent rien de chez eux, car naturellement ceux qui se nourrissent de bonnes choses sont d’une essence supérieure !… Et c’est aussi là que le pauvre diable commence à se recueillir en lui-même, à réfléchir sur ce qui se passe, à s’indigner en silence.
Oui, c’est le commencement de tout le reste, le point de départ de l’amour et de la concorde qui règnent entre nous.
Les caractères bas se montrent dès ces premiers temps. Ceux-là, pauvres de chez eux, n’en aiment pas moins le jambon et les confitures ; ils tournent autour des riches, ils leur sourient, ils se font leurs complaisants ; et les autres, quelquefois, étant bien repus, leur laissent nettoyer le fond d’un petit pot, ou grignoter le bout d’un cervelas. Ainsi s’établit l’alliance du gros bourgeois et du futur homme d’affaires.
L’enfant voit tout, il devine tout ; je comprenais ma position, n’étant pas riche, et j’étais résolu à ne pas me laisser abattre ni dominer
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Le Blocus - Erckmann-Chatrian (livre audio) | @ebookaudio

Le Blocus - Erckmann-Chatrian (livre audio)Y inclus, gratuitement, "La guerre", des mêmes autres .epub et .mobi.
Phalsbourg, en 1814. Pendant que les armées ennemies envahissent la France à la poursuite des troupes napoléoniennes défaites, la place forte assiégée est bombardée par les kaiserlicks mais résiste à leurs assauts grâce à sa vaillante garnison et à sa population civile mobilisée dans la garde nationale. Samuel Moïse, notable de la communauté israélite de la ville, a lui aussi été mobilisé et raconte.

Extrait: Zeffen alors ne dit plus rien et remplit mes poches de pommes et de noix, pour son frère Sâfel. Je les embrassai tous de nouveau, les petits et les grands ; puis Baruch me reconduisit jusqu’au bas des jardins à l’endroit où les chemins de la Schlittenbach et de Lutzelbourg se séparent.

Toutes les troupes étaient parties, il ne restait plus que les traînards et les malades. Mais on voyait encore la file de charrettes arrêtées dans le lointain, au haut de la côte, et des bandes de journaliers en train de creuser des fosses au revers de la route.
L’idée seule de repasser là me troublait. Je serrai donc la main de Baruch à cet embranchement, en lui promettant de revenir avec la grand’mère, pour la circoncision, et je pris ensuite le sentier de la vallée, qui longe la Zorn à travers bois.
Ce sentier était plein de feuilles mortes, et durant deux heures je marchai sur le talus, rêvant tantôt à l’auberge du Soleil, à Zimmer, au maréchal Victor, – que je revoyais avec sa haute taille, ses épaules carrées, sa tête grise, et son habi
t couvert de broderies. Tantôt je me représentais la chambre de Zeffen, le petit enfant et la mère ; puis la guerre que nous risquions d’avoir, cette masse d’ennemis qui s’avançaient de tous les côtés.
Je m’arrêtais quelquefois au milieu de ces vallées, qui s’engrènent à perte de vue, toutes couvertes de sapins, de chênes et de hêtres, et je me disais :
« Qui sait ? les Prussiens, les Autrichiens et les Russes passeront peut-être bientôt ici ! »
Mais ce qui me réjouissait, c’était de penser :
« Moïse, tes deux garçons Itzig et Frômel sont en Amérique, loin des coups de canon ; ils sont là-bas, leur ballot sur l’épaule, ils vont de village en village et ne courent aucun danger. Et ta fille Zeffen peut aussi dormir tranquille ; Baruch a deux beaux enfants, et tous les ans il en aura, jusqu’à la fin de la guerre. Il vendra du cuir pour faire des sacs et des souliers à ceux qui partent, mais, lui, restera dans sa maison. »



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Un chef de chantier à l'isthme de Suez - Une campagne en Kabylie - Erc | @ebookaudio

Un chef de chantier à l'isthme de Suez - Une campagne en Kabylie - Erckmann-Chatrian (livre audio)Y inclus, gratuitement, "La guerre", des mêmes autres .epub et .mobi.
Fin 1872, Émile Erckmann, contre qui un mandat d'arrêt a été émis par les Prussiens qui occupent l'Alsace et la Moselle, s'installe à St-Dié. L'été précédent, il a fait la connaissance à Paris d'un Lorrain, entrepreneur de travaux publics, qui avait longtemps travaillé en Égypte à la construction du canal de Suez, Alban Montézuma Goguel, qui possède une propriété dans sa ville natale de St-Dié, l'Ermitage. Erckmann y est très bien accueilli et s'y sent bien, au milieu des Vosges et tout près de la nouvelle frontière qui le sépare de chez lui.Mais bientôt, «une envie furieuse» le prend de revoir l'Alsace. Pour s'empêcher de commettre cette imprudence, il entreprend avec Montézuma Goguel un voyage en Égypte et dans l'Orient méditerrannéen. Le voyage leur procure leur lot d'émotions, leur navire manquant de couler entre l'Italie et la Grèce. Ils visitent les ruines de Grèce, puis Alexandrie, le Caire, Gizeh. Ils embarquent sur un petit vapeur qui les mène d'un bout à l'autre du canal de Suez, où ils s'arrêtent sur les lieux des chantiers de Montézuma. Le retour les mène par Jaffa, Beyrouth, Tripoli, Rhodes, Constantinople, Corfou puis Rome, Gênes et le champ de bataille de Marengo. Goguel a une grande expérience du monde oriental actuel, des ses moeurs, de sa religion, de sa langue. Erckmann, lui, est plutôt versé dans l'histoire des anciennes civilisations. Tout le long du trajet, ils échangent leurs observations. D'Égypte, Erckmann rapporte la matière des Souvenirs d'un chef de chantier à l'isthme de Suez.

Extrait: – Ecoute, Georgette, il ne faut pas te familiariser avec tout le monde ; avec nous autres, les anciens, – Gendron, Ker-Forme, Brunet, – à la bonne heure ; mais les nouveaux venus n’ont pas connu le père Lafosse, eux ; ils pourraient croire autre chose et se tromper sur ton compte. Il faut être sage, tu m’entends, et ne pas agacer le grand Yâni Olympios comme tu fais. Dans trois ou quatre ans, un brave ouvrier se présentera, c’est sûr, il te connaîtra bonne ouvrière, gentille ; alors les anciens t’aideront, et tu deviendras une bonne petite femme. Mais surtout laisse Yâni tranquille.

Ce Yâni était le pharmacien de notre hô
pital, le plus grand imbécile que j’aie connu, c’est lui qui pilait les drogues du Dr Dechêne et qui composait ses onguents d’après la formule ; cela lui donnait une importance que tu ne pourrais croire ; quand on l’appelait « élève d’Hippocrate », le grand benêt se redressait et s’allongeait comme un âne qu’on étrille.
Les Grecs s’imaginaient tous descendre d’un héros ou d’un être supérieur, j’ai vu ça cent fois. Mais cela n’empêchait pas Yâni Olympios d’être un fort bel homme, les yeux langoureux, le teint doré et le nez droit. Je ne sais pourquoi, rien que de le voir j’en étais agacé.
Georgette, lorsque je lui faisais ces remontrances, me regardait jusqu’au fond de l’âme, et si j’ajoutais :
– Le vieux Bernard Lafosse te dirait la même chose… Crois-moi… je te dis la vérité.
Quelquefois elle devenait toute rêveuse et me répondait :
– Oui, Goguel, je te crois… tu m’aimes bien.
Et d’autres fois elle se mettait à sangloter.
Ces choses me sont revenues depuis et m’ont souvent fait réfléchir.
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