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mercredi 19 octobre 2016

L'Homme qui tue les femmes - Camille Lemonnier (livre audio) | @ebookaudio

L'Homme qui tue les femmes - Camille Lemonnier (livre audio)Y inclus, gratuitement, le "Nouveau Dictionnaire d'Argot" en format .epub et .mobi

Cette nouvelle se présente sous la forme des mémoires d'un tueur de femmes, comme l'indiquent le titre et le sous-titre. L'auteur y décrit sans prendre de gants, dans un style très violent et sensuel (pour l'époque) ce qui se passe dans la tête de ce tueur psychopathe, inspiré par Jack l'Eventreur, avant, pendant et après ces actes de violence.

Extrait: Je lègue à la science, – comme à la seule puissance humaine capable de m’absoudre, – avec ma cervelle, arsenal des ruses funestes et des diaboliques machinations, l’être pervers et compliqué qui pour moi-même demeura un insondable problème.

Mon nom ? j’ai tout fait pour qu’il demeurât perdu dans l’obscure légende des réprouvés rentrés aux terrestres ténèbres après avoir témoigné de la fatalité des races vouées à d’inévitables opprobres. Personne ne saura donc quel flanc misérable, – alambic où fermentèrent les sucs d’une hérédité monstrueuse, – porta l’impur limon prédestiné dans lequel se modela ma face ; – personne davantage la semence qui, en mes natives pourritures, fit germer et fructifier un sombre et machinal criminel. Le sang, depuis, comme une onde lustrale corrosive et ineffaçable, l’a baptisé – ce nom – sous la rubrique d’un rouge et effrayant anonymat.
Quand j’entrai avec Elle dans la chambre de la maison infâme, – la chambre immémorialement reflétée en mes yeux, avec le lit des accou
plements sans amour, – la Bête (j’en atteste l’autre conscience en moi demeurée impollue !), la Bête, toujours soufflant dans l’homme, n’attisa que la superficielle et instinctive concupiscence que cette fille, heurtée sur un trottoir, suscitée en ma flânerie de passant. A peine dans la crépusculaire vapeur, l’avais-je vue ; je n’aurais pu dire qu’un charme de grâce et de beauté m’eût attiré sur ses pas. Et toutefois un charme plus incompressible que la charnelle splendeur d’un beau corps me captiva aussitôt qu’elle se mit à marcher devant moi, onduleuse et souple avec le balancement de sa ceinture. Rien autre, – de cette rencontre qui pourtant changea le cours de ma vie ! – rien autre que l’impérieuse foi que nos destins étaient jusqu’à la mort liés, ne fixa dans ma mémoire le clou auquel immuablement, chez les postérités humaines, demeurent attachés les décisifs tableaux commémoratifs des choses irréparable.



L'Homme qui tue les femmes - Camille Lemonnier (livre audio) | @ebookaudio

Ceux de la glèbe - Camille Lemonnier (livre audio) | @ebookaudio

Ceux de la glèbe - Camille Lemonnier (livre audio)Y inclus, gratuitement, le "Nouveau Dictionnaire d'Argot" en format .epub et .mobi

Commentaire de lecteur : À la lecture de la première nouvelle, j'ai failli refermer le livre. Y aurait-il eu une littérature gore avant terme? Puis, engagé par l'envie de finir ce que j'avais commencé, j'ai été au bout du livre. Habitué au style, je me suis attaché aux récits. Pour rester dans le genre de Lemonnier : «j'ai vomi avant d'avaler». La lecture s'est révélée très intéressante et le rapprochement est immanquable avec Maupassant. Comme quoi un même sujet vu par deux peintres donne bien deux oeuvres complètement différentes.

Extrait: t l’homme parti, elle traînait son ventre dans la maison encore vide d’enfant. C’était la première fois qu’elle sentait remuer en elle la semence d’amour. Ils s’étaient mariés au dernier Saint-André, lui, grand, fort, râblé, le front doux, le geste bourru, le cœur vaillant, toujours à la peine ; elle, petite femme mamelue et saine, largement plantée sur ses pieds. La noce avait duré deux jours, l’un qu’on avait passé chez les parents de Tys, l’autre chez les parents de Ka. Et enfin la troisième nuit, ils avaient couché dans leur maison, deux chambres en bas, le long de la route, et un grenier sous le toit. Puis, le lendemain, un lundi, Tys avait noué dans un drap de serge quatre pains de deux livres ; il avait embrassé sa conjointe sur les joues et dans le cou ; debout sur le seuil, elle l’avait suivi des yeux, marchant à grandes enjambées dans la campagne. Le samedi soir, ensuite, comme elle regardait au loin, une main sur les yeux, elle avait aperçu, 
par delà les dernières maisons, son homme qui allait à pas rapides ; et un nuage montait droit derrière lui, dans le soleil bas à l’horizon. Et il était resté dans la chaleur de son giron deux nuits et un jour ; et de nouveau, ensuite, il avait tassé ses quatre pains dans le drap de serge ; et il avait marché vers la ville.

Il en avait été ainsi de chaque semaine, pendant des mois. Du lundi au jeudi, la fumée de sa pipe cessait d’obscurcir le plafond ; elle regardait dans ses habits pendus au crochet l’homme qu’il y avait laissé en partant ; et en même temps, dolente, les mains sur les genoux, elle le sentait bouger dans son flanc, vivant à travers l’enfant.

Ceux de la glèbe - Camille Lemonnier (livre audio) | @ebookaudio

Les Deux Consciences - Camille Lemonnier (livre audio) | @ebookaudio

Les Deux Consciences - Camille Lemonnier (livre audio)Y inclus, gratuitement, le "Nouveau Dictionnaire d'Argot" en format .epub et .mobi

Un écrivain belge, Joris Wildmann, est poursuivi par le parquet de justice de Portemonde pour avoir publié un livre. Son «crime» est d'avoir, par ses écrits, porté atteinte aux bonnes moeurs. Wildmann va voir sa vie basculer en tentant de défendre ses livres, ses idées, ses pensées,... Toute sa personne sera mise en cause par la justice. Les Deux Consciences est un véritable plaidoyer pour la liberté d'expression et contre toute forme de censure. Camille Lemonnier y décrit comment l'écrivain Wildmann - Wildmann signifie homme sauvage en flamand - s'oppose au système rigide de cette justice inquisitrice qui se veut gardienne de la morale. L'auteur n'hésite pas à utiliser l'humour du grotesque et de l'absurde, pour nous conter cette tragédie.

Extrait: es trois Bergers, sous leur bisquain gras, étaient frustes et doux. Ils avaient les pieds énormes et, pour mar
cher, s’appuyaient à de longs cornouillers noueux. La marne et la poussière squamaient leurs jambes rousses, sèches comme des écorces. Ils arrivaient des matins religieux du monde. L’Etoile leur avait apparu comme ils gardaient les moutons pour le boucher. Elle les avait conduits vers un pauvre bourg de Flandre. Ils avaient vu dans l’étable, à côté du bœuf, une humble femme qui tenait un enfant sur ses genoux. Et une voix, venue d’en haut, leur avait annoncé que c’était la Vierge avec l’enfant Jésus. Comme ils regagnaient leurs moutons, la voix encore une fois s’était fait entendre et leur avait dit : « A présent, suivez l’Etoile. Après mille et mille ans, elle vous mènera à Eden. » Et, ayant levé la tête, ils l’avaient aperçue comme un grand chardon d’or dans le ciel. L’aubergiste des Trois-Rois les avait régalés de riz au lait, et ensuite ils étaient partis. Quand la lassitude les prenait, ils s’asseyaient derrière une haie et ils jouaient de la cornemuse. Le soir, ils dormaient sous le toit d’une bergerie. L’Etoile aussi s’arrêtait près de la cheminée.


Ainsi marchant, ils avaient vu, dans un autre bourg de Flandre, crucifier un homme. Le boulanger, le brasseur, le marchand de lin, le maltôtier étaient là, avec toutes les petites gens des villages. Il était venu des soldats de la ville. Et ils avaient reconnu au pied de la croix la Vierge avec une autre femme qu’on appelait la Madeleine. Tous les moutons et tous les bœufs pleuraient dans la campagne. Les cloches sonnaient dans les paroisses. « Celui-là, se dirent-ils entre eux, nous l’avons vu, étant petit, dans l’étable, près de sa mère. Quel mal a-t-il pu faire pour mériter la mort ? » Et le marchand de lin leur dit : « Il a soutenu les pauvres contre nous, les riches. » Ils n’avaient pas compris.




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