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samedi 26 novembre 2016

L'escalier d'or - Edmond Jaloux (livre audio) | @ebookaudio

L'escalier d'or - Edmond Jaloux (livre audio)Y inclus, gratuitement, "Cyrano de Bergerac", d'Edmond Rostand .epub et .mobi.
Extrait: J’étais, en effet, assis dans la boutique de M. Delavigne, ligoté comme un prisonnier par les nœuds d’une serviette si humide qu’elle risquait fort de me donner des rhumatismes, et mon geôlier jouait à faire pousser sur mes joues une mousse de plus en plus légère, quand la sonnette de l’établissement, qui avait, je ne sais pourquoi, un timbre rustique, tinta doucement. Mon regard plongeait dans la glace qui faisait face à la porte. Je vis entrer un personnage qui me parut curieux, au premier abord, sans que je comprisse exactement pourquoi.
Il était corpulent, de taille moyenne, d’aspect un peu lourd. Son front bombé, ses petits yeux vifs, se joues rondes et creusées d’une fossette, son nez pointu aux narines vibrantes, une lèvre rasée, un collier de barbe qui grisonnait, me rappelèrent très vite un visage bien connu ; mais il y avait dans ses traits quelque chose d’amolli, de lâche, de détendu. L’inconnu ressemblait certainement à Stendhal, mais à un Stendhal en décalcomanie. Il portait un vieux feutre sans fraîcheur et un gros pardessus bourru, de couleur marron, qui laissait voir un col mou et une cravate usée, mais dont les couleurs autrefois vives révélaient d’anciennes prétentions. Il s’assit dans un coin, après avoir échangé avec M. Delavigne un salut cordial. Au bout d’un moment, le voyant désœuvré, le coiffeur lui offrit un journal.
Mais le client refusa majestueusement cette proposition :
– Vous savez bien, dit-il, que je ne lis jamais de journaux, jamais ! Pourquoi faire ? Je n’ignore pas grand’chose des turpitudes qui peuvent se passer dans ce bas-monde. En quoi pourraient-elles m’intéresser ?… Vous, monsieur Delavigne, voulez-vous me dire ce qui vous intéresse dans un journal ?
– Mais les crimes, par exemple, dit M. Delavigne, décontenancé.
– Les crimes ? Ils sont déjà tous dans la Bible ! Ils ne varient que par le nom de la localité où ils ont été commis.
– La politique…
– La politique ? Parlez-vous sérieusement, monsieur Delavigne ? La politique ? Vous tenez sincèrement à savoir par quel procédé vous serez tracassé, volé, martyrisé et réduit en esclavage ? Moi, ça m’est égal ! Les moutons ne seront jamais tondus que par les bergers. Maintenant, si vous préférez un berger qui porte un nom de famille à un berger qui porte un numéro, c
’est votre affaire. Une affaire purement personnelle, monsieur Delavigne, ne l’oublions pas !
– Enfin, j’aime à savoir ce qui se passe !
– Moi aussi ! Ou plutôt, j’aimerais à savoir ce qui se passe, s’il se passait quelque chose. Mais il ne se passe rien, vous entendez bien, rien !
Il s’enfonça de nouveau dans sa méditation, et M. Delavigne me fit plusieurs petits signes du coin de l’œil, pour me signaler qu’il avait affaire à un original, un fameux original ! Je m’en apercevais, parbleu ! Bien.
Je clignai de la paupière à mon tour, afin d’engager M. Delavigne à reprendre sa conversation avec le faux Stendhal.
Après quelques instants de silence, le coiffeur débuta ainsi :
– Si vous ne vous intéressez pas aux journaux, ni aux crimes, ni à la politique, monsieur Bouldouyr, à quoi donc vous intéressez-vous ?
L'escalier d'or - Edmond Jaloux (livre audio) | @ebookaudio

Les Visiteurs - Edmond Jaloux (livre audio) | @ebookaudio

Les Visiteurs - Edmond Jaloux (livre audio)Y inclus, gratuitement, "Cyrano de Bergerac", d'Edmond Rostand .epub et .mobi.
M de Salinis vit avec ses 3 filles, Anne-Marie, Inès et Henriette. Chacune a son caractère et la vie n'est pas toujours simple surtout lorsque ces mêmes filles sont toutes éprises de Gilbert, le mari d'Anne-Marie. Mais qui aime vraiment qui?...
Extrait: Il avait élevé la voix comme ceux qui veulent se faire clairement entendre ou qui essaient de persuader. Ce n’était là ni son timbre, ni son attitude de tous les jours. La première réaction d’Inès fut celle que détermine une hypocrisie bien avérée : dégoût et refus de toute adhésion. La gaucherie des gestes de Chasteuil lui rappelait l’état vide et désordonné du salon ; l’homme, comme la pièce, se trouvait en proie à des forces imprévues qui disposaient de lui tout nouvellement. Peut-être, pour saluer Inès, avait-il cherché le ton juste, sans l’atteindre. Les choses qui les séparaient aujourd’hui créaient un malaise si imprévu que Gilbert en perdait son équilibre habituel. Il était comme ces acteurs qui apprennent un rôle et qui n’arrivent pas à donner à leur diction un ton exact. Inès n’avait pas assez d’expérience pour démêler la vérité ; elle supposa que Gilbert, bourrelé de remords, était revenu entièrement à sa femme, terrifié à la pensée de la perdre. Elle ne pouvait lire sur son visage que le travail de son angoisse, mais non le caractère particulier de cette angoisse.
– Je suis venue à ton appel, dit-elle, simplement.
– Je t’en remercie. Je ne pouvais pas te laisser i
gnorer la gravité de l’état d’Anne-Marie… Henriette était d’un avis contraire.
– De quoi se mêle Henriette ? fit Inès avec irritation.
– Oh ! elle parlait ainsi dans ton intérêt ; elle trouvait inutile de t’alarmer, tant qu’Anne-Marie n’allait pas plus mal.
– Mais toi, qu’en penses-tu ? Considères-tu qu’elle est en danger ?
Les regards de Gilbert et d’Inès se croisèrent ; aucun d’eux ne céda tout de suite devant l’autre. Leur propre dualité les embarrassait, comme si elle eût juxtaposé sur leurs corps deux costumes différents. Il était impossible qu’Inès ne fût pas inquiète de l’état d’une sœur qu’elle avait toujours aimée ; il était impossible cependant qu’elle ne se forgeât pas certaines idées au sujet de cette maladie. Aux yeux de la jeune fille, Gilbert demeurait plus obscur encore. Que ressentait-il exactement ? Dans quelle proportion l’ancien et le nouveau Gilbert coexistaient-ils ?
– Nous saurons la vérité d’ici peu de jours, dit-il en reprenant sa voix normale. Ce sont des heures bien pénibles à passer… On donnerait beaucoup pour apprendre tout de suite ce qui va arriver…
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